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Dans les mêmes temps, j’ai eu à présider une commission de notation qui me réservait
une surprise. il y avait tant de monde à la brigade que j’avais décidé de commencer
par trier les cas les moins nombreux, c’est-à-dire, les propositions au choix, les
meilleurs dossiers et… les plus mauvais. Parmi ces derniers, l’un d’entre-eux attira mon attention : “le dossier Vergnes”. Les appréciations générales portaient la mention “buveur d’habitude”. Ce n’était,
hélas, pas un cas unique. Mais cet avis paraissait tellement invraisemblable à l’ensemble
du collège des gradés présents qu’il nécessitait une enquête sérieuse avant la
transmission des notes. Tous connaissaient bien Vergnes. ils étaient unanimes pour déclarer qu’il s’agissait sûrement d’une erreur. on aurait peut-être pu lui reprocher une motivation modeste pour l’exercice de sa fonction, mais à coup sûr pas de problème d’alcoolisme. L’intéressé étant absent, je décidai d’attendre son retour pour le connaître personnellement. Dans la semaine qui suivit, d’autres témoignages me confirmèrent la thèse d’une erreur possible. A son retour, j’eus avec lui un entretien qui me confirma à nouveau cette hypothèse.
D’où venait donc cette erreur de plus en plus évidente ? Pour justifier la révision
d’un dossier déjà établi avant mon installation à la brigade, je sentais bien qu’il
allait me falloir présenter du solide. Mes recherches me conduisirent jusqu’à un de
mes collègues, également officier de nuit au neuvième arrondissement qui était le
beau-frère de Vergnes. Un entretien téléphonique confirma à nouveau. Les fonctionnaires contre lesquels une procédure administrative d’antécédents
alcooliques était entreprise passaient tous par un bureau situé au Dépôt Central de la
P.P., sorte d’antichambre du Palais de Justice où les délinquants arrêtés dans la journée
attendaient leur comparution devant un juge d’instruction. Je décidais de m’y rendre. Ça ne m’a pas été facile de décider un responsable à
me renseigner, ces renseignements étant confidentiels et la routine… toujours elle, ne
prévoyait pas ce genre de démarches. Mon insistance fut payante. Mon interlocuteur
m’ouvrit le dossier Vergnes – car il en existait bien un… – et tout s’éclaira. il y avait une génération de différence, la date de naissance, le prénom ne correspondaient pas. Le Vergnes alcoolique était hospitalisé à l’institution de désintoxication de Ville evrard. La preuve était faite, j’allais pouvoir présenter une requête argumentée. Je voyais bien qu’il n’approuvait pas mes démarches et qu’il avait hâte que je
termine mon exposé. A un moment de mes explications, il m’interrompit : « Monsieur
Duriez, l’administration-ne-se-trompe-jamais ! » et comment Vergnes est-il
au courant de cette appréciation ? – mais parce que je lui ai donné sa note à
signer – mais monsieur Duriez, lorsque vous donnez les notes à signer, vous
posez votre képi sur la note écrite, il ne voit rien, il signe, c’est simple. » il se
lève et me reconduit à la porte de son bureau. Evidemment, ç’aurait été plus simple. J’étais effaré. impossible pour moi d’en
faire plus, il ne ferait pas suivre mon rapport.
La nuit suivante, je rappelais le beau-frère. il fut convenu qu’il prendrait la suite
de l’affaire avec l’aide des syndicats. Quelques semaines plus tard, j’eus le plaisir d’apprendre, non seulement la disparition
de la mention, mais aussi, en corollaire, une notable remise à jour de la note
chiffrée du gardien Vergnes. Je voulus tout de même en savoir un peu plus. Je trouvai, dans son dossier une
copie du rapport du commissaire… reprenant à son compte toutes mes démarches, à
l’exception du beau-frère, et demandant une rectification ! J’ai appris par la suite que
ce commissaire avait lui-même des problèmes avec la Direction générale pour des
sujets liés à son comportement alcoolique. |
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